jeudi 22 décembre 2011

La nature a rendu hommage à Kim Jong-il, selon un média nord-coréen






La propagande nord-coréenne n'a décidément pas de limite. L'agence de presse du régime communiste, KCNA, assure jeudi 22 décembre que Dame Nature a salué la mémoire de Kim Jong-il. Pour preuve : une tempête de neige et le vol d'un oiseau !

Lorsque Kim Jong-il est mort samedi, la glace du lac Chon sur le mont Paektu s'est brisée dans un bruit assourdissant, tandis qu'une tempête de neige se levait, raconte l'agence KCNA. Le mont Paektu est situé dans les confins septentrionaux de la Corée du Nord, près de la frontière chinoise. Il est considéré comme sacré par les Nord-Coréens car le fondateur du pays, Kim Il-sung, père de Kim Jong-il, y établit un camp de guérilla antijaponaise du temps de la colonisation de la Corée par le Japon.
"Même cette grue semblait attristée"
Selon KCNA, la tempête de neige s'est arrêtée brusquement mardi matin, laissant le soleil levant illuminer le sommet enneigé. A ce moment, "la signature de Kim Jong-il est apparue sur la montagne, indiquant 'Mont Paektu, montagne sacrée de la révolution'". L'agence a ajouté qu'une lueur avait été aperçue sur le sommet lundi pendant une demi-heure, après l'annonce de la mort du dirigeant du pays.
Pour KCNA, une autre "merveille de la nature" est intervenue en guise d'hommage au dictateur, autour d'une statue du fondateur du pays, Kim Il-sung, dans la ville de Hamhung. "Mardi vers 21h20, une grue de Mandchourie a volé trois fois autour de la statue avant de se poser sur un arbre. La grue y est restée assez longtemps, la tête courbée, avant de s'envoler vers Pyongyang", la capitale. "Voyant ce phénomène, le directeur du site révolutionnaire de Hamhung et d'autres ont tous dit que même cette grue semblait attristée par la mort de Kim Jong-il, fils du ciel."

Les larmes des Nord-Coréens pour Kim Jong-Il, mélange de peur et de chagrin






Les torrents de larmes déversés par les Nord-Coréens pour le défunt Kim Jong-Il sont largement commandés par la peur du régime, mais une part pourrait être sincère malgré les souffrances endurées sous la main de fer du dirigeant communiste
La mort soudaine du chef a déclenché des scènes d'hystéries à travers le pays, la télévision d'Etat montrant de longues processions de civils et militaires bouleversés devant le cercueil de verre où le corps de l'ex-numéro un a été déposé à Pyongyang. 

Des images ont fait apparaître des foules accablées ailleurs dans le pays, hommes, femmes et enfants sanglotant bruyamment voire s'effondrant de chagrin en tapant des poings.
Spécialistes du système nord-coréen et réfugiés ayant fui le pays s'accordent sur le fait que le régime ordonne certainement à la population de se rendre sur les lieux d'hommage.
D'après Kim Young-Soo, professeur de sciences politiques à l'Université Sogang de Séoul, les Nord-Coréens doivent se déplacer trois fois par jour devant des statues ou portrait de Kim Jong-Il et s'incliner devant sa mémoire.
"Les Nord-Coréens savent que plus ils montrent leur chagrin, mieux c'est. Les cérémonies du deuil sont d'une certaine manière contraintes et organisées", explique-t-il.
D'après lui, "les Nord-Coréens doivent exprimer leur chagrin de la façon la plus aiguë possible lorsque leur chef suprême meurt, afin d'éviter tout soupçon quant à leur loyauté".
M. Young-Soo note toutefois que les autorités avaient demandé à la population de ne s'incliner qu'"une" fois par jour après le décès en 1994 de Kim Il-Sung, fondateur de la Corée du Nord communiste.
L'exigence de démonstrations plus régulières laisse entendre que la loyauté des citoyens a diminué pendant les 17 ans de pouvoir sans partage de Kim Jong-Il, fils de Kim Il-Sung et père de Kim Jong-Un, proclamé nouveau chef de la première dynastie communiste du monde.
"Si vous ne pleurez pas devant les caméras, vous risquez d'être dénoncé comme une +ordure réactionnaire+", témoigne Hong Sun-Kyong, un Nord-Coréen réfugié au Sud depuis 2000.
Il pense que "peu de gens vont pleurer dans les chaumières", un lieu d'intimité où les gens ne sont pas contraints d'exprimer ou d'exagérer leur sentiment.
Mort samedi d'une crise cardiaque à 69 ans, Kim Jong-Il a régné d'une main de fer, emprisonnant dans des camps nombre de réfractaires.
Les dépenses massives dans l'armement, la centralisation économique sans nuance et l'interdiction prônée des marchés libres a favorisé de terribles famines dans les années 90. Au moins des centaines de milliers de Nord-Coréens y ont laissé la vie.
Mais l'isolement presque total du pays, sa fermeture à l'immigration et aux réseaux internet ont contribué à rendre sa population vulnérable au culte de la personnalité inculqué par les médias officiels, explique le pasteur sud-coréen Kim Seung-Eun, qui travaille avec des transfuges du Nord.
La disparition du "fils du ciel" Kim Jong-Il, père de la nation et garant de sa stabilité, constitue dès lors un bouleversement majeur pour nombre de Nord-Coréens inquiets pour leur avenir, et les larmes versées ne sont pas toutes de crocodile.
L'agence de presse officielle KCNA a affirmé que cinq millions de résidents de Pyongyang avaient rendu hommage à Kim Jong-Il en l'espace de 24 heures, plus d'un cinquième de la population totale de la Corée du Nord.
Aussi exagérée qu'elle apparaisse, l'estimation de KCNA renvoie cependant à un attachement réel de la population de la capitale au régime en place, qui garantit à ses habitants une situation privilégiée.
"L'allégeance des citoyens de Pyongyang à Kim Jong-Il était forte, plus faible chez les habitants du reste du pays", souligne le pasteur.
Les cadres dirigeants ou moyens du Parti des Travailleurs et de l'armée, bénéficiaires à divers degrés du système, peuvent aussi éprouver une réelle tristesse.
Des millions de Soviétiques avaient chaudement pleuré en 1953 la mort de Joseph Staline, responsable de famines, internements et exécutions de masse contre son propre peuple.

La Corée du Nord... au coin de chez-nous



Le décès de Kim Jong-Il, le dictateur de la Corée du Nord, est plus près de nous qu'il n'en paraît à première vue.
En quoi le départ d'un chef d'État à l'autre bout du monde peut-il nous influencer, alors que la Corée du Nord n'est pas un partenaire de conséquence pour le Canada ? D'abord parce que toute passation des pouvoirs dans un régime totalitaire est porteuse d'éléments qui pourraient débalancer l'équilibre mondial.
Kim Jong-Il était un personnage particulier qui était à la tête d'une des cinq plus importantes armées au monde. Une grande part de l'économie du pays est redirigée en fonction d'une politique intérieure appelée « songun » qui place les besoins militaires de la Corée du Nord devant tous les autres. La mainmise de la dynastie Kim et de l'armée sur la population nord-coréenne est telle qu'une terrible famine dans les années 1990 n'a pas suffi pour l'ébranler. L'appui solidaire de la Chine communiste lui permet de traverser les crises.
Kim Jong-Il n'avait qu'une carte dans sa main de poker, la menace nucléaire, et il a su exploiter cet as à son maximum. De temps à autre, la Corée du Nord procédait à un essai nucléaire, comme si elle voulait rappeler au monde entier qu'elle importait encore.
Dans ce régime présidentiel « éternel » mis en place par Kim Il-Sung, la succession est ainsi assurée par son petit-fils, Kim Jong-Un, et l'un des fils de Kim Jong-Il. Puisque la famille Kim s'est toujours entourée d'un voile de secret, personne ne sait vraiment qui est le nouveau chef d'État de la Corée du Nord, quels sont ses plans et ses idées sur son pays, ses voisins, sur les conditions de vie dans son pays et ailleurs.
Des rumeurs indiquent qu'il aurait été éduqué en Suisse, ce qui l'aurait donc mis en contact avec l'Occident. Les diplomates doivent se fier sur de telles bribes d'information à la fiabilité incertaine pour tenter de prédire quelles valeurs le régime Kim Jong-Un pourrait mettre de l'avant.
C'est l'incertitude qui dérange. Les Canadiens et le reste du monde ont été en mesure de constater, au cours des 20 dernières années, combien le monde moderne était interconnecté, combien la mondialisation de nos économies et pratiques trouvaient écho dans des régions insoupçonnées.
Un nouveau leader nord-coréen pourrait vouloir asseoir son autorité, faire une démonstration de force et montrer à la toute puissante armée que son importance ne sera pas diminuée sous sa gouverne. Cela pourrait prendre plusieurs formes, comme des attaques directes et ciblées sur la Corée du Sud, par exemple. Le monde pourrait replonger dans une guerre de Corée, comme entre 1950 et 1953. Ou il pourrait décider d'amener la Corée du Nord dans une amorce d'économie de marché, comme l'a fait la Chine depuis une décennie.
Kim Jong-Un est-il bien en selle ? Et dans quelle direction ira-t-il ? Personne ne sait et tout le monde suppute. Mais une chose est sûre : les choix de la Corée du Nord pourraient avoir un impact insoupçonné dans nos vies. À surveiller.


Pierre Jury