Le décès de Kim Jong-Il, le dictateur de la Corée du Nord, est plus près de nous qu'il n'en paraît à première vue.
En quoi le départ d'un chef d'État à l'autre bout du monde peut-il nous influencer, alors que la Corée du Nord n'est pas un partenaire de conséquence pour le Canada ? D'abord parce que toute passation des pouvoirs dans un régime totalitaire est porteuse d'éléments qui pourraient débalancer l'équilibre mondial.
Kim Jong-Il était un personnage particulier qui était à la tête d'une des cinq plus importantes armées au monde. Une grande part de l'économie du pays est redirigée en fonction d'une politique intérieure appelée « songun » qui place les besoins militaires de la Corée du Nord devant tous les autres. La mainmise de la dynastie Kim et de l'armée sur la population nord-coréenne est telle qu'une terrible famine dans les années 1990 n'a pas suffi pour l'ébranler. L'appui solidaire de la Chine communiste lui permet de traverser les crises.
Kim Jong-Il n'avait qu'une carte dans sa main de poker, la menace nucléaire, et il a su exploiter cet as à son maximum. De temps à autre, la Corée du Nord procédait à un essai nucléaire, comme si elle voulait rappeler au monde entier qu'elle importait encore.
Dans ce régime présidentiel « éternel » mis en place par Kim Il-Sung, la succession est ainsi assurée par son petit-fils, Kim Jong-Un, et l'un des fils de Kim Jong-Il. Puisque la famille Kim s'est toujours entourée d'un voile de secret, personne ne sait vraiment qui est le nouveau chef d'État de la Corée du Nord, quels sont ses plans et ses idées sur son pays, ses voisins, sur les conditions de vie dans son pays et ailleurs.
Des rumeurs indiquent qu'il aurait été éduqué en Suisse, ce qui l'aurait donc mis en contact avec l'Occident. Les diplomates doivent se fier sur de telles bribes d'information à la fiabilité incertaine pour tenter de prédire quelles valeurs le régime Kim Jong-Un pourrait mettre de l'avant.
C'est l'incertitude qui dérange. Les Canadiens et le reste du monde ont été en mesure de constater, au cours des 20 dernières années, combien le monde moderne était interconnecté, combien la mondialisation de nos économies et pratiques trouvaient écho dans des régions insoupçonnées.
Un nouveau leader nord-coréen pourrait vouloir asseoir son autorité, faire une démonstration de force et montrer à la toute puissante armée que son importance ne sera pas diminuée sous sa gouverne. Cela pourrait prendre plusieurs formes, comme des attaques directes et ciblées sur la Corée du Sud, par exemple. Le monde pourrait replonger dans une guerre de Corée, comme entre 1950 et 1953. Ou il pourrait décider d'amener la Corée du Nord dans une amorce d'économie de marché, comme l'a fait la Chine depuis une décennie.
Kim Jong-Un est-il bien en selle ? Et dans quelle direction ira-t-il ? Personne ne sait et tout le monde suppute. Mais une chose est sûre : les choix de la Corée du Nord pourraient avoir un impact insoupçonné dans nos vies. À surveiller.
Pierre Jury
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